Le plan de sécurité nationale de la France pour 2035 met en garde contre une augmentation des conflits en mer et dans l’espace
MILAN — Le président français Emmanuel Macron a déclaré aujourd’hui que la France, parmi d’autres pays européens, a été la cible de menaces hybrides russes au cours des dernières semaines.
« Ces dernières semaines, la menace – en particulier la menace hybride russe – à laquelle font face les Européens et la France s’est intensifiée », a déclaré Macron aux journalistes après une réunion à l’Élysée, à laquelle ont participé des candidats à la présidentielle et de hauts responsables de l’armée, du renseignement et de l’énergie. (La France organisera des élections présidentielles le 28 septembre et Macron ne pourra pas se présenter aux élections, après avoir effectué deux mandats.)
Selon un rapport de l’AFP, la réunion devait aborder, en partie, le déclin rapide des relations mondiales, notamment les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, et leurs implications sur la sécurité française et les prix de l’énergie.
Quelques jours auparavant, l’organisme de planification stratégique français avait averti que l’Europe devait accroître ses capacités militaires, ses réserves et sa résilience sociétale en vue de se préparer à davantage de tentatives de guerre hybride et à des conflits majeurs et prolongés.
Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) a publié mardi un document de 40 pages décrivant l’objectif de sécurité nationale de Paris à l’horizon 2035, soulignant qu’il anticipe une augmentation des affrontements sur les fonds marins et dans l’espace d’ici 2035.
« Les infrastructures numériques critiques, les fonds marins et l’espace extra-atmosphérique deviendront de plus en plus des zones de confrontation stratégique entre États, ainsi qu’entre acteurs privés et étatiques », indique le rapport. « Une part croissante du pouvoir – mais aussi des vulnérabilités – sera concentrée dans ces espaces, qui sont largement invisibles pour les citoyens. »
Le rapport du HCSP a en outre souligné les domaines qui deviendraient des points de tension entre les différents acteurs. Il note qu’entre 2022 et 2024, les opérations de guerre hybride imputées à la Russie en Europe sont passées de moins de 10 cas à près de 50. Sur la base de cette augmentation, le rapport indique que ces actions sont vouées à se multiplier dans différents secteurs, notamment le cyberespace, l’économie et l’information.
La guerre hybride fait référence à une combinaison de méthodes utilisées par des acteurs adverses qui se situent en dessous du seuil d’un conflit militaire ouvert, ce qui rend finalement plus difficile la preuve de qui est derrière ces attaques ou tentatives.
À l’horizon 2035, les auteurs ont formulé plusieurs recommandations clés pour que Paris et l’Europe dans son ensemble soient prêtes à opérer et à faire face à un paysage sécuritaire « durablement dégradé ». Premièrement, ils ont recommandé d’accélérer la transformation du modèle militaire pour éviter la menace d’une guerre majeure en Europe. Les responsables militaires français ont exhorté le pays à abandonner les forces antiterroristes internationales plus petites au profit d’une préparation au combat à grande échelle et de haute intensité, et à adopter en priorité une approche d’économie de guerre.
« L’effort budgétaire demandé à la nation doit s’aligner sur un objectif européen clair pour 2035 : la capacité – agissant si nécessaire entre Européens – d’empêcher toute attaque visant à tester l’unité et la crédibilité de l’Europe », indique-t-il.
Une deuxième recommandation est de mettre fin à la dépendance technologique du continent, notamment vis-à-vis des fournisseurs américains et chinois, pour privilégier les systèmes fabriqués en Europe. Le pays a redoublé d’efforts cette année pour faire de cet objectif une réalité, notamment dans les domaines du numérique et de l’intelligence artificielle. Par exemple, en janvier, il a présenté son projet de créer un Observatoire de la souveraineté numérique pour cartographier la dépendance du gouvernement et des entreprises associées à l’égard des technologies non européennes.
D’ici 2035, indique le rapport, l’objectif ne devrait pas être « de construire une intégration militaire européenne complète », mais plutôt de renforcer les formes de collaboration avec d’autres acteurs partageant les mêmes idées, capables de produire rapidement des résultats.
Enfin, le plan recommande que la France préserve l’unité nationale comme une priorité dans le contexte d’une guerre hybride accrue, soulignant qu’une capacité clé sera d’identifier et de contrer les attaques basées sur l’information visant à déstabiliser les sociétés. Le rapport ne décrit pas de méthodes spécifiques pour y parvenir.
